3 avril 14 – Femmes et hommes : rapports de force et luttes de pouvoir dans le couple

vidalgrafConférence par Carolle et Serge Vidal-Graf, Louvain-la-Neuve - Accéder à la vidéo et à la synthèse …

 

Vidéo de la conférence 


Annonce initiale de la conférence

Au cours de cette conférence, Carolle et Serge VIDAL-GRAF distingueront le rapport de force permanent de la lutte de pouvoir occasionnelle.
Lorsque le rapport de force, inévitable et sain, génère un conflit au sein du couple, on entre dans le domaine de la lutte de pouvoir.
Le rapport de force est parfaitement compatible avec une relation d’amour.  Plus il sera reconnu et mis au travail, mieux le couple s’en portera. A contrario, plus il sera nié, plus la vie de couple sera chaotique.
Nos deux conférenciers nous proposeront d’apprendre à « bien » se disputer, à négocier, à élaborer des compromis satisfaisants.
L’exposé sera suivi d’un temps de questions/réponses.

-> Plus d’informations sur Carolle et Serge Vidal-Graf : Carolle Graf - Serge Vidal

Synthèse de la conférence réalisée par l’équipe projet

Rapport rédigé par Valérie Moeneclaey.  Merci à Marcel Linsmeau, Pascal Cambier, Florence Loos et Geneviève De Deschuyteneer pour leurs précieuses prises de notes. 

Carolle :

Introduction

Cette conférence concerne le « couple moyen qui essaie l’harmonie » et non les couples gravement dysfonctionnels (perversion, maltraitance).

Parler de rapport de force est délicat, car cette expression évoque souvent les disputes et les abus de pouvoir.

Voyons plutôt le rapport de force comme un rapport entre deux forces.

On peut rejeter l’abus de pouvoir sans pour autant rejeter la notion de puissance.

Ne méprisons pas nos puissances personnelles !

Dans toutes relations, dans tout système (que ce soit entre individus ou entre nations), il y a rapport de force.

Comment ces deux forces vont-elles interagir à ces différents niveaux : liberté, responsabilité, décision, initiative.

Qui a le pouvoir ?

Aujourd’hui, la préférence va au modèle égalitaire.

L’idéal serait le partage du pouvoir à 50 – 50.

A cet idéal, s’ajoute un autre dictat : « on doit s’aimer ».
Comment concilier les deux ?

- Si les deux sont d’accord, il peut y avoir une locomotive et un suiveur.

- Dans certains domaines, on peut choisir de laisser plus de pouvoir à l’autre

Exemple : deux façons d’être passager : je laisse toute liberté à l’autre quant à l’itinéraire et la vitesse ou j’interviens sans cesse pour lui donner des injonctions.

Au départ, le partage du pouvoir s’effectue le plus souvent de façon implicite. Dans un premier temps, on fait tout à deux. Puis, de façon insidieuse, les différents domaines de pouvoir se répartissent.

Selon quels critères choisit-on ses domaines de pouvoir ?

-  on l’a vu faire par sa mère (si on est une femme), par son père (si on est un homme)

- cela correspond à nos représentations stéréotypales

- on pense que c’est  « son devoir »

- on en a les compétences

-> Rarement parce qu’on aime l’activité en question !

Quand on est responsable d’une activité, d’un domaine, d’une tâche :  on a le pouvoir !

Le pouvoir n’est pas synonyme d’abus et d’autorité, il peut aussi être positif :

- j’ai confiance en mes compétences et je les mets au service de notre couple et de notre famille

- j’assume la responsabilité de mes décisions.

Quels sont ces domaines de pouvoir ?

- nombreux postes concernant la gestion de la maison

- l’argent (généralement, celui qui gagne le plus aura le plus de pouvoir)

- la sexualité (qui prend l’initiative ? )

- les loisirs, la culture, le sport

- les rapports sociaux (famille, amis, …)

- la spiritualité

- ET bien sûr les enfants !

La répartition du pouvoir

Chacun est responsable de son domaine, mais peut faire participer l’autre.
Exemple :

La liste des courses : 70% la femme – 30 % l’homme

La sexualité : 80% l’homme – 20% la femme

L’idéal n’est pas d’atteindre l’égalité dans chaque poste, mais de s’en rapprocher au total.

En effet, ce sont dans les domaines partagés à 50-50 qu’on se dispute le plus.

Les conflits

Il y a conflit dès qu’un des deux est insatisfait : il en fait trop ou pas assez à son goût, il n’aime pas son domaine, …

Soit on réharmonise ensemble soit on rentre dans un conflit.

Ce conflit va donner lieu soit à un jeu de pouvoir (conflit larvé) soit par une lutte de pouvoir (conflit ouvert).

Tout d’abord, dédramatisons !

Les conflits font partie de la vie. On grandit en traversant des difficultés.

Face aux rapports de forces, sortons du déni et rentrons dedans pour mieux les comprendre.

Serge :

Les jeux de pouvoir

Vu de l’extérieur, pas de conflit car pas de dispute, pas de cris. L’affrontement est sournois, non reconnu et implicite. C’est un « bras de fer souriant »

Cela se manifeste par du chantage affectif, de la culpabilisation et des menaces plus ou moins voilées.

Quelques expressions typiques du jeu de pouvoir :

« Tu serais vraiment gentil de … »

« Si tu veux me faire plaisir, pense à … »

« Je me trompe ou ça fait longtemps que… »

« J’ai oublié. Tu sais comme je peux être distrait… »

Pourquoi le conflit est-il systématiquement évité ?

Parce qu’il y a une confusion entre le conflit et la rupture de la relation.

Par peur de perdre (la relation, l’être aimé), certains sont prêts à tout pour éviter le conflit : se victimiser, ne pas exprimer ses besoins et encore moins les satisfaire.

Or vouloir une vie sans conflit, c’est vouloir une « vie sans vie »

Curieusement, ceux qui évitent le conflit avec leur conjoint ne l’évitent pas avec leurs enfants parce qu’ils savent qu’il n’y a pas de risque que la relation se rompe.

Cet évitement est le résultat d’un conflit psychologique assez répandu qui correspond au « passif – agressif » : c’est le ou la gentille, qui est toujours d’accord, mais le fait payer cher (en boudant, en étant distrait, maladroit, en retard… )

Un conseil à ceux qui vivent avec un « passif – agressif » : rentrez leur dans le lard ! Ils ne sont pas aussi gentils qu’ils en ont l’air !

 

Carolle :

La lutte de pouvoir

On crie, des portes claquent, la colère éclate… c’est le conflit ouvert.

Il peut y avoir des luttes de pouvoir éphémères pour un détail : ce n’est pas tout le rapport de force qui est remis en question, mais un domaine. Exemple : l’un veut qu’on enlève ses chaussures à l’entrée, l’autre veut les garder. Qui va gagner ?

Dans ces cas peu graves, on pourra utiliser les techniques de résolution de conflits.

Mais il y a aussi des luttes de pouvoir qui remettent en question le rapport de force global du couple.

Souvent après 10-12 ans de vie commune, on commence à se disputer sans arrêt et pour des riens, c’est le signe que l’équilibre est rompu. Il est temps de rediscuter le rapport de force global de manière explicite.

 

Serge :

La colère

Grand sujet, qui mériterait toute une conférence !

Dans un conflit ouvert, la colère doit avoir sa place. C’est une émotion de base, mal aimée, car associée à la violence. Or personne n’a envie d’être violent ou de subir la violence.

Pourtant, c’est une énergie magnifique. C’est la force du feu qui dit : « stop, ça ne  me convient pas ! »

La colère, sa force, son intensité, sa puissance, permet à celui qui est en colère d’exister.
Colère et Amour font bon ménage… pour en savoir plus, lisez notre livre « La colère, cette émotion mal aimée : exprimer sa colère sans violence » (Jouvence)

 

Comment sortir d’un conflit ?

Les conflits sont nécessaires, mais n’en faisons pas une addiction.

Plusieurs pistes :

1) l’anticipation  et la négociation

Cela prend du temps, mais ce n’est pas du temps perdu.
Beaucoup ont peur de la négociation, car :

- croyance qu’il y a toujours un perdant (celui moins à l’aise avec la parole croit qu’il va se faire embobiner)

- peur de ne pas pouvoir aller au bout de ce qu’il a à dire

D’où la nécessité d’un bon outil de communication :

            2) L’écoute silencieuse

* un cadre : Prendre rdv – ne pas être interrompu par l’extérieur – avoir du temps

* l’un parle, l’autre écoute et s’engage à ne pas intervenir : il est le réceptacle respectueux de la parole de l’autre.

Sachant qu’il n’a pas à « réagir », il est plus attentif.

Cela peut prendre du temps, peut comporter des moments de silence et s’achève au moment où celui qui a la parole annonce « j’ai fini ».

*Cette technique permet l’accueil des émotions (tristesse, colère, …), mais également d’échapper aux stériles  « c’est faux », « c’est pas ce que j’ai dit »…

* Elle peut être plus difficile pour les hommes, peu habitués à être des réceptacles (sans rien faire !)

* A quel rythme ?

Ni tous les jours, ni tous les ans. Tous les mois est une bonne fréquence.

Conseil de fixer la séance suivante dès la séance finie.

La régularité permet de se dire également des choses agréables.

Dans le cas contraire, il y aurait une réticence à revivre l’aventure.

* Quels sujets ?

Tous ! L’état de la relation (aux niveaux émotionnel, sexuel et affectif), la jalousie, le désir pour un tiers, par exemple. Ou encore les enfants, l’argent, les projets…

Se servir de l’agenda peut ramener les souvenirs des événements vécus à deux.
En cas d’urgence, ne pas hésiter à faire une séance intermédiaire.

Pour en savoir plus, lisez notre livre « Mais tu ne m’avais jamais dit ça : la communication intime dans le couple » (Jouvance)

 

Carolle :

Femme et égalité : au sein du couple et dans la société !

Les hommes ont du mal avec le pouvoir, car ils ont été associés à l’abus de pouvoir.

Les femmes également ont du mal à accepter leur pouvoir.

Parce qu’elles ont toujours eu l’habitude d’être secondes ?

Parce qu’elles n’ont pas la force physique ?

Parce qu’elles confondent pouvoir et abus de pouvoir ?

Il est important qu’elles se posent la question, lors d’une décision : le font-elles pour leur épanouissement personnel ou pour l’épanouissement du couple, de la famille ?

Il serait temps de revaloriser les activités liées à la maison : ces activités offrent une qualité de vie au couple, aux enfants, aux amis, à la société tout entière.

Historiquement, les femmes avaient le pouvoir à la maison, et uniquement à la maison. Maintenant que les femmes prennent du pouvoir à l’extérieur, elles vivent leur pouvoir à l’intérieur comme une corvée. Les hommes sont prêts à les aider, mais elles ne veulent pas déléguer. Elles veulent tout faire et en plus elles râlent (la fatigue et la mauvaise humeur, c’est une forme de pouvoir).

« Fais ça comme je te le dis » « C’est plus vite fait quand je le fais moi-même » : les hommes abandonnent, car de toute façon, c’est « jamais bien ».

Les femmes auraient beaucoup plus de pouvoir à l’extérieur si elles acceptaient de partager le pouvoir intérieur de la maison. A l’extérieur, il y aurait plus de temps – plus d’espace de pouvoir pour la femme et moins de temps – moins d’espace de pouvoir pour l’homme (occupé à l’intérieur).

Pour motiver les hommes, revalorisons les activités liées à la maison (ne parlons plus de « corvées »)

 

Conclusion :

A chaque couple de discuter et définir la répartition des domaines de pouvoir.

En sachant qu’aucun équilibre n’est stable, et que tout change constamment en fonction de nombreux facteurs extérieurs.

 

Réponses aux questions du public

Précision à propos de la colère :

Je suis en colère et je dis : je ne suis pas d’accord. Je ne suis pas « la » colère au point de perdre la conscience de ce je dis ou fais.  Restons présents à nous-mêmes, restons aux commandes en alliant raison et émotion.

Jeu de pouvoir ou lutte de pouvoir ?

Dans la majorité des couples, l’un est plus dans le jeu, l’autre dans la lutte. L’un confronte, l’autre calme le jeu. Les deux sont nécessaires.

A propos de l’écoute silencieuse :

- C’est l’ego en moi qui a envie de dire « c’est pas vrai ». Ce qui est important, ce n’est pas ce qui a été dit, mais l’émotion vécue par l’autre.

- Témoignage de Serge et Carolle : en cas de sérieuse crise, l’écoute silencieuse ne résolvait magiquement pas notre problème, mais de séance en séance, nous avancions dans le processus.

- Se raconter, se dire… ça s’apprend.

- Important que les deux soient volontaires et bien intentionnés

- Eviter l’accumulation de reproches : parler en « je » : « j’ai compris les choses comme cela lorsque tu… »

- Impossible d’échapper au langage non verbal : raison de plus pour éviter les signes non verbaux trop explicites.

- Proposition de rentrer dans la méta – communication.  Exemple : j’ai peur de te parler parce que …

 

A propos des domaines de pouvoir :

Un participant témoigne qu’il peut passer beaucoup de temps à faire quelque chose et que sa partenaire s’octroie tout le pouvoir par une appréciation négative.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les réservations étaient assurées par notre partenaire :

La_maison_de_l_ecologie